Mongolie

Mongolie: Récit de voyage

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De Graziella
Inscrit depuis: 02/02/11
Déjà lu:
1386 fois
Âge:
36-40
Date du séjour:
en Janvier 11

MONGOLIE: LA TRANSHUMANCE DES RENNES...


Ce voyage, je l’avais maintes et maintes foisrêvé et préparé en silence car je voulais que la surprise soit totale, les motstrop forts peuvent amoindrir les rêves les plus fous.

Aussi par le même matin qui peinât 7 ans plustôt à se lever, avec les mêmes guides et avec Gengis Khan, le cheval blanc àqui j’avais mis des fleurs dans sa sauvage crinière et qui avait hennidoucement alors que je m’approchais de lui me faisant croire qu’il s’étaitlangui de mes caresses, nous partîmes à l’assaut de la taïga et de la montagne.La peur se mêlait à l’espoir d’arriver juste à temps chez une famille Tsaatanpour partir avec elle et ses rennes vers le campement d’automne. Cette folleespérance martelait ma tête. C’est la qualité de l’herbe, des lichens et desmousses qui décident des nombreuses transhumances de l’année, aussi si lesrennes le voulaient bien nous y serions pour la date choisie par eux. Ilfallait juste que les rennes soient avec nous !

Un froid blizzard accompagna notre sortie deTsangan Nur, dernier village toutlà haut au Nord Ouest du lac Khösgöl, pas loin de la Sibérie. Il nous poussaitvers le lac comme voulant nous yfaire tomber avec nos montures. Des flocons de neige virevoltaient dans le cielpresque d’encre, se collant en tombant sur nos dells Une méchante rafale arracha les fleurs des champs de la crinière de Gengis Khan mais, plustard la taïga lui fera une crinière d’or et nous étincellerons au soleil. Si lemauvais temps nous transis au point de nous coller à nos montures pour ytrouver un peu de chaleur, nous aurons la chance inouïe pour la saison commepour la région de pouvoir continuer les jours suivants sous un soleilresplendissant.

La silhouette de Drimmaa, nous souhaitant bonvoyage nous semblait déjà si loin alors que peu d’heures s’étaient écouléesdepuis l’ébranlement de notre caravane vers le peuple des rennes. Le voyagebien qu’interminable à cause de sa certaine difficulté et notre piètreconnaissance de l’art équestre n’en était pas moins impressionnant et merveilleux. Loin de tout, des annéeslumières de notre cocon, loin du bruit en totale symbiose avec la nature nousreprenions des forces en scellant notre corps lourd contre un autre plus sain, plus vif, plus attentionnéà ce qui nous entourait, plus réceptif à toutes les émotions que ce monde faitd’herbe et de pierres voulait nous offrir en cadeau pour notre retour en cescontrées peu clémentes.

Et toujours la même angoisse : les rennes seraient - ils de notre côté ? Mon rêve allait-il se réaliser ?

Les ombress'allongent, le soleil rougeoie timidement, la température diminue. Un légervent se lève. Les parfums de la steppe nous inondent de leurs fragrances... etnous arrivons au campement qui attend la sage décision des rennes pour partirlà ou l’herbe sera plus grasse, plus profitable avant le long et dur hiver quise prépare.
 

Avez vous faitbon chemin? nous demande l’ancien de la famille, depuis plusieurs heures ilsuivait notre progression avec sa jumelle mongole.
 

Sous le tipi ilfait bon, les chevaux sont calmes, les rennes attendent... Après notre longueapproche, assis sous le tipi, nous soufflons et profitons de la chaleur quedispense si agréablement le poêle. Tout simplement, tout en buvant le thé aulait salé, on nous apprend que demain, oui demain, le camp sera levé, lesrennes en ont décidé ainsi. Il leur faut partir plus haut dans la montagne ou les mousses sontmeilleures et fuir la chaleur de cette vallée, les rennes n’aiment que lefroid ! Nous en aurons lesouffle coupé ! La nuit se passera en mille questions et mille doutes carserons - nous capables de les suivre dans ces montagnes aux rudesmontées ?
 

En milieu de matinée toutes les affaires sontdehors dans un désordre organisé. Depuis la nuit des temps chaque chose à saplace, tout sera empaqueté avec méthode sur les huit rennes choisis pourtransporter les maigres effets pourtant si précieux car indispensables à la viede nomade. Un bruit claque dans leciel qui n’a pas encore décidé desa couleur définitive, c’est la toile du tipi que l’on arrache à sa structurelaissant apparaître comme un vaisseau son armature. Cette armature nue donneune impression de fragilité. Composée de quelques troncs d’arbres reliés en leur sommet par un cordagesavamment noué elle résiste pourtant aux lourdes tempêtes de neige, aux ventsviolents, au rude climat si lunatique été comme hiver, rien ne bouge, rien nes’envole donnant ainsi un abri sûr à ces habitants des forêts. Sous le urt où ne subsiste que les troncs servant à la charpente du tipi et lepoêle encore chaud, toute la famille se réuni pour partager une dernière tassede thé au lait salé. Assis en cercle autour du poêle qui refroidit les Tsaatansrendent à la nature l’emplacement occupé. C’est une communion totale entre euxet la nature que nul autre ne peutpartager. Impuissants mais comprenant et vivant profondément cet instant tout àla fois majestueux et mystérieux nous ne pouvons que nous imprégner de cemoment si important pour eux lors des départs. Plus qu’une habitude c’ est unrite qui s’inscrit dans la nuit des temps et sans lequel aucun départ ne peutse faire. L’intensité de cet instant presque magique se lit sur leurs visages,se note dans leurs gestes simples répétés des milliers de fois : il fautprendre congé et remercier de ce que la nature a donné et effacer toutes tracesde son passage. Derrière eux pasd’édifice ni de richesse accumulés ! Leur seul souci est de transmettre cequ’ eux mêmes ont hérité : la taïga, les rivières d’eau pure, les rennes,la nature et la vie.

Soudain, sansquasiment s’en apercevoir, la petite fille de la maison est hissée bienemmitouflée sur le renne qui aura la lourde charge de la conduire saine etsauve jusqu’au prochain campement. Il faudra à la caravane composée de vingtrennes et de trois adultes deux jours de marche pour rejoindre l’endroit choisipar cette famille. Le départ est donné…le temps de rejoindre nos montures toutle monde est déjà loin. Les rennes ont le pied plus sûr que les chevaux etmarchent plus vite. Nous ne ferons plus qu’un avec nos montures, noussouffrirons avec elles pour suivre les Tsaatans dans la taïga sur ces cheminsancestraux inscrits seulement dans la mémoire des rennes car comme le veut leurchoix de vie on ne doit jamais laisser de traces aussi les chemins sontinvisibles . Nous traverserons desmarais où nos chevaux auront du mal à ne pas s’enfoncer, nous tomberons parfoissur des gros rochers quasi infranchissables ou bien sur des plaques de glacecédant sous le poids de notre caravane, mais quelle joie indescriptible desuivre les Tsaatans dans ce silence absolu. Les aiguilles des mélèzesassourdissent le bruit des sabots à se croire seuls au monde jouant à cachecache avec les rennes qui apparaissent au détour d’un sentier, derrière un grouped’arbres, au sommet d’un col. D’or est la taïga en cette fin septembre, laforêt s’est couverte d’un manteau de ce jaune si lumineux, que les sous boiscomme les rennes s’en trouvent auréolés de lumière.
 

Escaladant des montagnes, dominant des vallées,regardant vers la Sibérie, nous avons pu admirer les neiges éternelles...Spectacle intense... blanc immaculé rejoignant l'azur si caractéristique duciel mongol... majesté de lieux hantés par des esprits dont on nous a sisouvent parlé.

Nous arrivons enfin là où la famille a décidéde monter un campement provisoire. Déjà toute la famille s’active enrécupérant, coupant des troncs pour monter le tipi, le poêle sera le premier placé et allumé alors quela toile n’aura pas encore recouvert le tipi. Le ciel s’assombrissant, le froidcommence à se faire sentir et durant la nuit, ceinturé par le gel, le tipifrissonnera. La flamme prend de l’assurance, le feu crépite, assis prés dufoyer nous partagerons enfin un moment de répit avant de nous endormir tous sousun ciel étoilé qui promet du soleil pour demain.

Quel jour sommes nous ?Hier ?...Aujourd’hui ?...Demain ?... Nous ne savons plus… Celafait plusieurs jours que nous vivons parmi les hommes rennes, à essayer decomprendre ce qui les pousse à vivre une vie qui nous semble difficile parfoisà supporter. Il est temps pour nous de rentrer vers Tsangan Nur où tous lesenfants Tsaatans sont scolarisés en internat, passant de longs mois loin desfamilles et de leurs rennes. Malgré une vie plus facile au village, plusieursenfants choisiront cette vie nomade de leurs ancêtres. C’est, en plus del’espoir des parents, la survie de cette tribu qui est en jeu par la continuitéde ce mode de vie.

La descente de la montagne se fera pard’autres chemins que seuls nos guides d’origine Tsaatan connaissent, nousentraînant encore une fois vers de sublimes paysages où la peur de tomberdisparaissait instantanément devant de tels spectacles.

… et caracolant fièrement en tête, GengisKhan, après avoir arraché d’un coup de dent décisif un brin d’herbe quiembaumait encore le soleil d’été, la lavande et le thym nous entrâmes dans lacour de notre guest house ou Drimmaa nous attendait comme si elle n’avaitjamais quitté sa position lors de notre départ : c’était la fin de notre voyageau pays des tsaa.

 

Graziella www.terramongolia.com

Pour un voyage aux pays des Tsaatans contacter mejet69@yahoo.com (anglais) et www.tsatantours.com

Le chauffeur peut être contacter à www.mongoliatours.org

 

dell (habit traditionnel mongol) urt : désigne le tipi en langue tsaatane tsaa : renne en mongol
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